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"Solaris" et "Stalker", deux films philosophiques d'Andreï Tarkovski

"Solaris" et "Stalker", deux films philosophiques d'Andreï Tarkovski

Il est de ces réalisateurs inconnus du grand public, maudits par leurs semblables, haïs par tous, mais qui restent les artistes les plus talentueux de leur époque, et dont leur oeuvre commence à émerger seulement aujourd'hui, à refaire surface pour mieux être mise en valeur.
Andreï Tarkovski fait partie de ces artisans qui se sont poussé à concevoir et à créer, hors des feux et de la gratitude universelle, des dons pour les hommes, qui au lieu de les repousser et de les fuir, devraient méditer sur eux.
Tarkovski a réalisé des films qui sont des chefs d'oeuvre incontestables du cinéma, bien que méconnus, et qui sont d'une beauté et d'une richesse visuelle très forte et très émouvante.
Je me penche sur mes 2 films préférés de ce cinéaste russe qui est mort en 1986, ces 2 films que sont "Solaris" et "Stalker".
Evidemment, "Andreï Roublev" et "Le Sacrifice" sont sans conteste de très beaux contes religieux et philosophiques, mais "Solaris" et "Stalker" sont encore plus remarquables.
Leur lenteur extremment remarquable en fera fuir certains dès les premières minutes.
Tarkovski est perdu dans la contemplation de ses personnages, qui tentent tous d'échapper à l'humanité, et à toute la cruauté et au vice qu'elle a à leur offrir pour mieux se réfugier dans un idéal utopique, un idéal surnaturel, mais qui malheureusement leur fait office de miroir et les oblige à retourner dans la brutale réalité.
Dans "Solaris", dont Steven Sodebergh a tourné un remake lamentable avec George Clooney, l'histoire est la suivante: une station spatiale a rompu le contact avec la Terre, alors qu'elle était en gravitation autour de la planète Solaris pour y étudier sa composition.
Un scientifique y est envoyé pour mener l'enquête et assurer le rapatriement de tous les passagers. Mais sur place, il découvre que des "visiteurs" hantent le vaisseau. Lui-même est confronté à un visiteur qui n'est autre que sa femme, décédée 7 ans plus tôt.
La planète Solaris est en fait un immense cerveau qui expérimente ses capacités sur les humains dans le but de mieux les étudier en les confrontant à leurs souvenirs et à leurs démons.
Le récit est insolament étiré en longueur, la caméra fouille chaque recoin des décors, qui même s'ils sont en toc et irréalistes, restent quand même étouffants et envoutants, tout comme la musique classique qui imprègne au film une ambiance terriblement mélancolique et triste. Triste comme cette existence qui emmerde tout le monde, triste comme notre sort inévitable qu'est la mort. Ceci étant dit, Tarkovski concentre tous ses espoirs et toute son optimisme à travers les personnages, portant les germes d'une redemption par la pensée et par la reflexion. Les plans, très longs, très observateurs, les mouvements de caméra, en retard sur l'action, les inserts incrustés qui laissent transparaître des directions vers d'autres inconnus, et la beauté picturale de l'ensemble font de "Solaris" un véritable poème humaniste et visionnaire, non pas dans le sens technologique, mais dans le sens philosophique.
"Stalker", réalisé en 1979, 7 ans après "Solaris", est également remarquablement lent et étiré. Le récit se déroule dans un futur proche, où une météorite s'est écrasé sur la Terre. Pour l'étudier, l'Etat envoya l'armée, qui ne revint jamais. On dressa un périmètre autour de l'endroit où s'est écrasée la Météorite, une "zone", où tout est abandonné et inhabité.
Dans cette "zone" qui est un véritable no man's land se situe une chambre des désirs où tout humain qui y accède peut réaliser son rêve le plus cher. Mais pour parvenir à cet endroit, il faut un "Stalker", un guide qui, affuté de sens très dévellopés, et d'un don inconnu, est capable de déjouer les enjeux et les pièges mortels durant le parcours. Un professeur et un écrivain, déprimés par l'ennui de leur existence morne, organisent une expedition avec l'un d'eux pour parvenir à la chambre des désirs.
"Stalker" est de ces films de science-fiction/fantastique où rien n'est montré, aucun effet spécial, aucun monstre, aucune apparition, mais où tout est suggéré, supposé, non-dit.
L'effet est d'autant plus remarquable, angoissant, inquiétant...
Mais "Stalker" n'est pas seulement un film fantastique, loin de là, il est un récit poétique, lui aussi mélancolique, figé, où tout espoir de survie réside dans la découverte de cette chambre. Les décors sont magnifiques, constitués de ruines, de terrains vagues, de bois délabrés, et de misère matérielle. Tarkovski filme impeccablement bien ses protagonistes, la caméra effectuant des superbes travellings lents et non précipités, permettant au spectateur de se mettre dans le même rythme de vie que les personnages. Et pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde, tellement l'oeuvre est magnifique, belle, éblouissante, et révélatrice sur l'homme, sur son inconscient, sur ses peurs, et sur sa foi en de meilleurs jours pour lui. "Stalker" est beaucoup plus aboutit que "Solaris", mais tous deux se ressemblent dans leur message et dans la vision de l'humanité qui s'en dégage.
Bref, 2 films qui se regardent pour leurs qualités, mais aussi pour leurs défauts, leurs incohérence, leur maladresse qui leur donne un charme supplémentaire, mais qui sont incroyablement poétiques et épris de reflexion, de tristesse, et de larmes.
Tarkovski restera un maître, et ses rares inconditionnels lui resteront à jamais fidèles.
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# Posté le vendredi 29 juillet 2005 09:18

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