« Retour au blog de wadam

Copland

Copland
A Garisson, ce sont les flics qui font régner la loi, leur loi...
En 1997, Copland sort dans un contexte étrange, se frayant une petite place parmi les blockbusters américains, et les films policiers à la Los Angeles Confidential.
Tourné avec un petit budget, et orné d'un casting époustouflant, cette ½uvre, véritable bijou dans le cinéma indépendant, renversa les spectateurs, s'avérant être un surprenante fable humaine s'apparentant à un western moderne.
Réalisé par un inconnu du nom de James Mangold, Copland est un drame policier, simple, sobre et efficace. Derrière ses allures de Scorcese, le réalisateur met en scène des acteurs qui se donnent pour la plupart dans un exercice de composition subtil et réaliste.
Tragique de bout en bout, désenchanté, Copland incarne ce souffle qui vient de la mentalité antihollywoodiennne. Aucun artifice, aucune apologie héroïque du personnage typiquement américain, le scénario met à nu des hommes qui agissent en toute vulnérabilité, et en tout désespoir de cause.

Dans une ville du New-Jersey, séparée de New-York par le fleuve, mais reliée à l'urbanisme par le pont du Washington Bridge, les flics de la NYPD ont acheté des lotissements de terrain, et ont crée leur propre patelin, où ils y logent avec leurs familles.
Ray Londan (Harvey Keitel), chef de l'Amicale des Policiers, s'est instauré comme le maire de la ville et y exerce son pouvoir en toute légitimité, tissant des liens douteux avec la pègre de Nex-York.
Le shérif de la ville, Freddy Heflin (Sylvester Stallone), est officiellement en charge de maintenir l'ordre et de protéger les citoyens de ce territoire de flics.
Après être devenu sourd d'une oreille, alors qu'il sauvait une femme dans une noyade quand il était jeune, Freddy a perdu toutes ses chances d'être pris dans la police. Il est destiné à régler la circulation et à s'occuper des conflits de voisinage.
Il ne peut qu'observer depuis la fenêtre de son bureau les magouilles des policiers new-yorkais, la cocaïnomanie de son seul ami, Gary Figgis (Ray Liotta) lui aussi faisant partie de la NYPD, et noie sa mélancolie dans l'alcool.
Mais un soir, une bavure mortelle se produit sur le pont du Washington Bridge. Un jeune flic, Babitch (Michael Rappaport) tue deux automobilistes. Pour couvrir son geste, Ray, qui n'est autre que son oncle, l'aide à se faire passer pour mort. C'est alors que l'Inspection générale des services, la police des polices, s'en mêle, avec à sa tête Moe Tilden (Robert de Niro), qui veut mettre un coup de pied dans la fourmilière de Garisson et retrouver Babitch.
Au milieu de tout ça, Freddy Heflin ne peut que se poser en spectateur, ne sachant quel camp choisir. Jusqu'à ce que honte et éc½urement le submergent.

James Mangold, pour son deuxième long-métrage, parvient à faire un coup de maitre, qui sera d'ailleurs son meilleur. En s'appuyant sur l'interprétation magistrale d'acteurs très scorecesiens, en occurrence Robert de Niro, Harvey Keitel, et Ray Liotta, qui ont tous les trois été révélés au grand public par l'immense metteur en scène new-yorkais de Taxi Driver, Mangold se charge de les réunir dans une ambiance enveloppée de tristesse et de pathétisme.
Décrivant les personnages et les décors dans une connotation westernienne teintée de psychologie, il excelle dans une mise en scène réaliste et subtilise toutes les actions des protagonistes.
Mais il a surtout permis à Sylvester Stallone, figure du cinéma d'action américain bourrin, de changer totalement de registre, et de se livrer corps et âme dans un rôle époustouflant de désespoir. L'acteur aux muscles étoffés, qui a commencé sa carrière de façon épatante avec Rocky et Rambo, a délaissé l'humanité qui entourait ces deux personnages, pour enchainer avec des films tous plus médiocres les uns que les autres (Judge Dredd, Demolition Man, Rocky 2, Rambo 2, etc...).
Ici, c'est un retour aux sources, une quête pour réobtenir son statut d'acteur intense, à laquelle s'est attaché Stallone. Rendu frêle à l'extrême, il a pris 20 kilos pour jouer le rôle de Freddy Heflin, shérif dépressif, obèse, sourdingue, alcoolique, naïf, d'une gentillesse presque enfantine, benêt, défiguré par un pansement placé sur son nez...
Ce personnage si attachant, car joué avec tant de justesse, nous marque d'entrée. Individu fatigué, et ravagé par les abus, Freddy est ce contre-exemple du héros invulnérable, et intrépide jusqu'aux limites du possible.
Stallone prouve qu'il sait minimiser son espace de jeu et se réfugier dans la solitude de son rôle pour mieux mettre en valeur sa discrétion et sa volonté de ne pas prendre tout le terrain pour s'affirmer en tant que tel.
A ses cotés, Ray Liotta, génial en camé, interprète le rôle qui lui est donné de manière speedée et énervée. Harvey Keitel, avec son charisme et son air dédaigneux, sert de contre poids à Stallone. Robert De Niro, lui, mis un peu plus en retrait, fait des étincelles dans son style de composition, affiné et très subtil.
Les seconds rôles, tenus entre autres par Robert Patrick (le T-1000 de Terminator 2), et Michael Rappaport, en imposent.
Surfant sur une vague de nostalgie, James Mangold a affirmé avec Copland que tout héros finit par s'épuiser, et que la déchéance survient là où on ne l'attend pas.
Renversant et magistral !!!!
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 18 novembre 2005 17:09

« Article précédent : Une fable urbaine à raconter

Article suivant : DMX: fin d'une idéologie »