Marc-Vivien Foé, footballeur professionnel camerounais, fut victime d'un malaise le Jeudi 26 Juin 2003 en pleine demi-finale de la coupe de confédération contre l'équipe de Colombie.
S'écroulant sur la pelouse du stade Gerland à Lyon à la 72eme minute, le joueur a été évacué sur le bord du terrain en civiaire, inconscient, les yeux révulsés, la machoire grande ouverte, le corps inanimé.
Dans le bloc de premier secours à coté du stade, on tenta de ramener Foé à la vie, en vain.
Le lion est tombé en pratiquant le sport qu'il aime, la passion qui illumina toute sa vie, et qui le conduira à sa propre perte. Ce jeudi 26 juin fut un jour tragique pour le football international, une date de deuil, de larmes et de sanglots.
Le lendemain, Hervé Penot, Jean-Michel Rouet et Jean-Philippe Cointot du journal L'Equipe écriront ces lignes:
<Un cri, un long cri de douleur s'extirpe des entailles de Gerland. Les visages se figent. Il est un peu plus de 20 heures et un officiel de la FIFA vient de briser le silence; Marc-Vivien Foé est mort, décédé dans ce stade de Lyon, dans sa ville, là où il venait tout juste d'avoir un troisième enfant, là où il conservait toujours une maison, là où son frère poursuivait ses études. A 19h36, il était tombé comme une pierre au centre du terrain. Seul. Sans le moindre choc. Un mauvais pressentiment a tout de suite enveloppé les tribunes...
Vers 20h30, Alfred Müller, le médecin FIFA, confirme le décés de manière brève dans une conférence écourtée. "J'ai une nouvelle très triste à vous annoncer...Foé est mort. Il est sorti de la pelouse, son coeur s'est arrêté de battre. On a essayé de le réanimer pendant 45 minutes mais il n'y a pas eu de réaction. C'est un jour très triste pour le football, pour la FIFA, pour la famille."
Sur la pelouse, une infirmière psychiatrique s'occupe déja de son fils, présent, comme toute sa famille, pour cette demi-finale. Premiers soins d'urgence. Pas bien loin, les sanglots emplissent le siège de l'OL. Bernard Lacombe, présent au stade, restera de longues minutes dans son bureau, quasiment hagard. Beaucoup plus loin, à Tignes, ses équipiers, en stage, tombent sous le choc.
Paul Le Guen, l'entraineur, demande à Phillipe Violeau, l'ancien, de passer dans les chambres.
"Ca n'a pas été facile, explique le capitaine. C'est horrible. Ca nous donne la chair de poule. La réalité est parfois très difficile à accepter...." Peguy Luyindula, le copain, terriblement affecté, ne peut pas parler. Olivier Blanc, chargé de la communication de l'OL, se rappelle Luc Borelli, décédé dans un accident de voiture. Une autre figure du club. Un autre moment de désolation. "Ca remonte beaucoup de souvenirs" glisse-t-il, la voix brisée.
A Lens, son premier club français, mêmes larmes, mêmes difficultés. Les mots ne sortent pas. Trop dur. [...]
Les Bleus, qui disputaient le soir même l'autre demi-finale contre la Turquie, ont gagné de justesse 3-2, le coeur à l'envers. Un homme, un ami, un collègue est mort. C'est tout ce qui compte. Les joueurs qui quittent le Stade de France, en baskets, le sac sur l'épaule, ne viennent pas de gagner un match mais de perdre quelqu'un. Ils sont bouleversés, ou hagards. Les yeux mouillés de larmes, comme Grégory Coupet, très lié au défunt.
"Dans ces moments-là, il faut rester digne, dit-il. C'est le meilleur moyen de lui rendre hommage. On a joué machinalement."
Jacques Santini et tous ceux qui ont connu Marc-Vivien Foé ont pleuré après l'annonce de son décès. Le sélectionneur aurait voulu encourager et embrasser ce jour-là un homme, et revenir un an en arrière quand il fêtait le titre de champion de France dans un Lyon en folie près de l'immense sourire de l'un de ses plus généreux combattants qu'était le camerounais. Il avait le regard humide, Jacques Santini, au moment de la poignante minute de silence respectée par les 2 camps de supporters, à part les 3 ou 4 imbéciles habituels.
Le staff a décidé d'enlever Steve Marlet de la feuille de match afin de lui éviter d'être tiré au sort pour le contrôle antidopage et de prolonger une horrible soirée. Ce dernier, très proche lui aussi de Foé, cacha tout au long du match sa douleur, assis sur le banc de touche, le visage enfoui dans la paume des mains. C'était dans le vestiaire, "on enfilait nos maillots", raconte Silvestre. "Quand Grégory Coupet est entré le premier sur la pelouse pour l'échauffement, c'était davantage que de l'émotion, relate le sélectionneur. Entre le moment où on l'a su et le coup d'envoi, le vestiaire était ailleurs. Les joueurs se sont comportés en hommes et je voudrais dire que j'ai des pensées très émues pour l'épouse et la famille de Marc-Vivien."
L'émotion, la douleur, pendant tout le match. "Dès qu'il y avit un arrêt de jeu, on y pensait", explique Silvestre. "Quand le ballon n'était plus sur le terrain, on se regardait pour voir si tout le monde était là.", dit Benoît Pedretti. "Je ne souhaite pas trop en parler, par respect pour sa famille, dit Thierry Henry, je lui dédie mon premier but. Je sais que ce n'est rien, mais c'est tout ce que je peux faire."
Dès lors, les Français ne savaient pas s'ils retrouveraient les Camerounais le dimanche d'après, si la finale se jouera normalement. Ils s'interrogent clairement sur l'opportunité de la maintenir, comme Bixente Lizarazu ou Ludovic Guily. "A mon avis, on ne doit pas la jouer, explique le second. C'est un peu indécent. Je ne vois pas où les Camerounais puiseraient leur force."
"On comprendrait qu'ils ne souhaitent pas la disputer, ajoute William Gallas. On se conformera à leur décision." Marcel Desailly pense la même chose, et le capitaine de l'equipe de France ajoute: "Si cela était arrivé à l'un des nôtres, il est sur que nous jouerions pas".
En attendant, le football pleure un homme bien. "Foé, c'était un sage qui ne parlait pas beaucoup, mais qui observait, c'était un grand monsieur." souligne Olivier Blanc. Les compliments pleuvent. Seydo Njoya Mbomban administrateur à la fédération camerounaise: "Je suis extrêment abattu, ça va être une grande douleur au Cameroun."
En effet, la qualification du Cameroun n'a évidemment pas été accueillie dans les rues de Yaoundé par les traditionnels défilés de voitures et ses coups de klaxon. A la sortie du joueur sur une civière, les hommes, les femmes, et les enfants rassemblés dans les débits de boissons et autres lieux publics pour suivre le match sont restés cloués sur place, attendant qu'on les rassure sur le sort de Marc-Vivien Foé.
La télévision nationale a alors arrêté le programme de retransmission spéciale pour annoncer le décès de joueur dans un bulletin spécial d'information. "Le président de la Républiquee, Paul Biya, et Mme Chantal Biya ont adressé un message de condoléances à la famille de Foé et à l'équipe des Lions indomptables" a par ailleurs annoncé la présentatrice. Dans les rues de la capitale camerounaise, les supporters se sont effondrés.
Pierre Lechantre, ancien entraineur des Lions, était évidemment touché, lui aussi: "C'était un grand et il a été en grande partie responsable du renouveau du Cameroun, en 2000, à la CAN. Un gars attachant qui avait tout fait pour son père. J'étais même allé au baptême de son deuxième enfant..."
Foé était l'homme des mots utiles. C'est ainsi que Pape Diouf, son ami et son agent, le définissait. Marc-Vivien Foé était loué de tous de tous pour son humilité et sa simplicité.
Avant même de commencer à lui parler, on se sentait déja coupable. Coupable de venir perturber cette ombrageuse nonchalance dont il se servait pour mettre un point final à toutes les conversations avant même qu'elles n'aient commencé. Foé n'aimait pas s'exprimer et préférait davantage se réfugier dans ses pensées afin de tenir des conférences au sommet avec lui-même.
Alors souvent, trop souvent, le géant emmenait sa longue carcasse sur des chemins de traverse pour éviter les mauvaises rencontres. "Je suis comme ça, je n'y peux rien" expliquait-il un jour dans un avion, entre Douala et Paris, sans lever son regard d'une grille de mots croisés. Même au Cameroun, je passe pour quelqu'un de très réservé. Il n'y pas mal de gens qui ne m'approchent pas à cause de ça. Mais je reconnais aussi que je n'ai pas toujours grand-chose à dire." Marc-Vivien Foé expliquait régulièrement avec ses yeux ce que sa bouche avait la sagesse de taire.
Pape Diouf, son homme de confiance sénégalais, avait mis longtemps avant de cerner le caractère atypique de ce dévoreur d'espaces. Il y a quelques années, l'agent, l'ami, reconnaissait: "Quand on se téléphone, nos conversations ne durent jamais plus de 3 ou 4 minutes. Marc-Vivien, c'est l'homme des mots utiles. L'accessoire n'a pas de place dans sa vie. C'est l'anti-Africain par excellence. Pour résumer le personnage, je dirais que Marco sait exactement ce qu'il ne veut pas à défaut de toujours savoir ce qu'il veut."
Henri Depireux, l'entraineur des Lions Indomptables en 1997, a appris la triste nouvelle ce soir-là, comme tout le monde, en regardant la coupe des confédérations à la télé. Effondré, le Belge a eu du mal à exprimer ses sentiments: "C'est vrai, il était plus européen que les autres. Beaucoup plus réservé aussi, mais il savait ce qu'il voulait. Quand il avait quelque chose à me dire, on allait prendre un verre dans un coin et on s'expliquait. C'était un gars cultivé qui detestait les histoires. Cela provenait de son éducation."
Foé dira un jour: "Je voulais être pro et je me devais de l'être en toutes circonstances."
Le soir de sa mort, ses coéquipiers sont restés longtemps prostrés, certains totalement incapable de bouger, dans des scènes de recueillement. Ils ont quitté le stade vers 22h30, sept minutes après les Colombiens. L'ambulance transportant Foé a prit une autre direction. Mais personne ne l'oubliera.>