Le succès phénoménal de ce film n'a fait que pousser encore plus la controverse qui régnait autour de sa sortie mondiale.
Si d'autres réalisateurs comme Martin Scorcese ou Franco Zeffirelli avaient déja tenté de mettre en scène le prophète, jamais l'expérience n'avait été autant poussé à l'extrême.
Mel Gibson nous tient par les tripes pendant deux heures où le sang coule à flots, où les chairs éclatent. Le Christ y est frappé au visage, insulté, humilié, flagellé, fouetté, écorché, torturé, soumis, et pour finir, il est crucifié dans une séquence paroxyste où des geysers d'hémoglobine sortent de ses mains qui cèdent sous les clous, où son corps n'est plus qu'une masse opaque scarifiée à l'extrême.
La réaction des gens dans la salle était similaire à celle qu'ils ont eu pour Irréversible. La plupart baissaient les yeux, se mettaient le visage dans les mains, étaient pris de sanglots. L'effroi est bel et bien là, notre coeur bat à tout rompre devant cette impressionnante mise à mort comme on en voit jamais au cinéma.
Le film fut écrié, considéré comme inutile, n'apportant qu'un message empli de haine et de vengeance. Certains s'accordent même à dire qu'il est à proprement parlé antisémite. Mais pourtant il n'est rien de tout celà. Je donne mon interprétation de La Passion du Christ, et ce n'est surement pas celle de Mel Gibson, mégalomane aux croyances très dogmatiques, et qui appartiennent sans aucun doute à celles d'une secte ultra conservatrice.
Au-delà de la reconstitution inspirée des 4 évangiles qui appartiennent au Nouveau Testament, La Passion du Christ est pour moi une métaphore de l'humanité, un symbole fort des souffrances que certains font subir à d'autres depuis toujours, et qui restent encore omniprésentes aujourd'hui dans le monde actuel.
Mel Gibson a levé involontairement le voile sur une dure réalité, celle que beaucoup s'evertuent à refuser, et prouve que le cinéma n'est pas obligatoirement un bon moment à passer, mais aussi un supplice mental, qui ne peut que nous épanouir.
Les plus belles scènes du film sont les flashbacks de Jésus, qui lui surviennent dans son esprit pour échapper à toute la misère qu'il doit subir. On y voit le Christ enfant, le Christ méditant avec ses apôtres, le Christ prêchant la parole de Dieu auprès des villageois.
Il faut savoir que Jésus était entouré de gens qui le haïssaient plus qu'ils ne l'aimaient, et qu'il est resté humble et modeste toute sa vie. C'était un humain comme un autre, et avec des qualités et des défauts. Loin de croire que le Christ était parfait, comme ce que veut nous faire croire Gibson, il n'a pas imposé sa religion, mais il a juste voulu aider les gens à méditer sur la vie, et sur les actes qu'ils commettent quotidiennement.
Il n'est pas possible que Jésus n'ait pas ressenti à un moment ou à un autre une envie d'autodestruction, vu la passivité qu'il a montré en étant condamné à la mort la plus abominable qui soit. Il a préféré se laisser prendre en martyr, en sachant que ses ennemis seraient un jour ou l'autre punis pour ce qu'ils ont fait.
Le Christ, sur la croix, a même douté de Dieu, en se lamentant: "Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Force est de croire que Dieu ne peut pas nous aider, et que même sa présence ne sert pas à préserver la paix entre les humains.
Si Jésus vit en chacun de nous, alors nous avons légitimement le droit de douter de l'existence de Dieu, tout comme il l'a fait.
La Passion du Christ n'appartient pas à Mel Gibson, il est le film que chaque spectateur veut y voir comme tel qu'il le voit. On peut verser toutes les larmes que l'on veut, vociférer autant qu'on le souhaite, éprouver de la répulsion, mais en aucun cas on ne peut dire qu'il nous laisse indifférents.
Jésus n'était pas celui que l'on croit: le film le montre masochiste de bout en bout, vulnérable, et haineux, même si Gibson s'en défend. C'est ce qui fait de lui un homme aimé aujourd'hui et vénéré.
"Si ce monde vous méprise, rappelez-vous qu'il m'a méprisé en premier."
